Faire sa propre course sur 5 000 km à travers l’Europe

Faire sa propre course sur 5 000 km à travers l’Europe

Troisième de l'Atlas Mountain Race, victorieuse de la Desertus Bikus et de la Mendiz Mendi, puis 2e FLINTA et 22e au général de la Transcontinental Race : Camille signe une saison d'ultra-cyclisme hors norme. Près de 5 000 km à travers l'Europe, en autonomie totale.

Elle revient pour nous sur cette Transcontinental : la préparation titanesque, la boue du Monténégro, la gestion du sommeil et de l'alimentation, et cette idée qui traverse toute sa course, faire sa propre course.

Camille court sous les couleurs COOKNRUN. Entretien réalisé à son retour de la Transcontinental Race 2026.

Après ta victoire sur la Desertus Bikus, tu termines 2e FLINTA et 22e au général de la Transcontinental Race. Avec un peu de recul, comment tu regardes cette performance ?

Je suis très fière de ma saison dans son ensemble. Elle a commencé en février avec une troisième place sur l'Atlas Mountain Race, puis des victoires sur la Desertus Bikus et la Mendiz Mendi, avant de se terminer avec cette Transcontinental.

J'ai encore du mal à réaliser que j'ai atteint ce niveau en si peu de temps. Et surtout, que j'ai réussi à le faire sans perdre ce qui compte le plus pour moi : le plaisir de rouler et l'envie d'aventure.

Pour quelqu'un qui ne connaît pas la TCR, comment tu expliquerais ce qui rend cette course si particulière ?

On ne traverse pas simplement un pays : on traverse un continent.

Et surtout, la course commence bien avant le départ. La préparation est titanesque : il faut construire sa propre trace entre les checkpoints, étudier les routes, anticiper les terrains, tout en sachant que ce qui semble être une route parfaite sur une carte peut devenir une tout autre histoire dans la réalité.

Avant le départ, avec quelles ambitions tu abordais ces près de 5 000 km à travers l'Europe ?

Comme pour chaque course, je considérais que c'était déjà une victoire d'être sur la ligne de départ.

Mais le début de saison m'avait donné confiance. J'avais compris que je pouvais jouer à ce niveau. Mon ambition était donc de faire la course, tout en acceptant qu'en 5 000 km, beaucoup de choses pouvaient arriver. Et si la course devait devenir une aventure, alors ce serait une aventure.

Camille sur la Transcontinental Race 2026

À quel moment tu as compris que tu étais réellement en train de jouer une place sur le podium FLINTA ?

Assez tôt, j'ai senti que j'étais en forme.

J'ai notamment réussi à être dans le premier ferry emprunté par une FLINTA. Nous étions seulement deux avec Sarah. C'était évidemment trop tôt pour parler de podium, mais cela nous a permis de creuser un premier écart avec les poursuivantes.

Sur presque 13 jours de course, quel a été le moment le plus difficile à gérer ?

Sans doute le Monténégro, lorsque je me suis retrouvée à pousser mon vélo dans une forêt pleine de boue. Je n'avais absolument pas imaginé ce passage, ce qui l'a probablement rendu encore plus difficile !

Mais je pense avoir bien géré. J'ai continué à avancer sans me laisser déstabiliser. En ultra, il faut parfois simplement accepter que la réalité ne ressemble pas à la trace GPS.

À l'inverse, quel est le moment où tu t'es sentie le plus forte ou le plus en maîtrise ?

Le parcours 2, sans hésiter. Il avait été annoncé comme difficile par les premiers sur les réseaux, et je me suis régalée !

Du beau gravel et de bonnes jambes : c'était exactement le genre de moment que j'étais venue chercher.

Et puis il y a eu le dernier parcours. Arriver avec encore de l'énergie et profiter d'un lever de soleil incroyable après autant de kilomètres, c'était assez magique.

Comment as-tu géré le sommeil et la fatigue au fil des jours ?

J'ai essayé de rester fidèle à ma stratégie, avec environ quatre heures de sommeil par nuit. Le piège, c'est de se laisser emporter par la course, les trackers et ce que font les autres. Il faut réussir à faire abstraction de tout ça.

En ultra, savoir s'arrêter peut être aussi important que savoir rouler.

Camille en autonomie sur la Transcontinental Race

La TCR impose énormément d'autonomie et de prise de décision. Quelle place la stratégie et le choix de l'itinéraire ont-ils prise dans ta course ?

Une place énorme, mais je pense que la stratégie globale est encore plus importante que l'itinéraire lui-même : le sommeil, les ravitaillements, le rythme, tout doit fonctionner ensemble.

Je pense avoir globalement bien choisi mes routes. Le Monténégro a été ma seule vraie erreur, mais sur une course aussi longue, une petite erreur ne fait pas forcément la différence. Le plus important reste de faire sa propre course.

Comment as-tu géré ton alimentation sur une épreuve aussi longue ? Est-ce que ta façon de manger évolue après plusieurs jours sur le vélo ?

Oui, énormément.

Les premiers jours, je me force presque à manger parce que je sais que j'en ai besoin. J'avais notamment de la boisson d'effort pour maintenir un apport énergétique constant. Puis le déficit calorique s'installe, la faim augmente et les envies deviennent permanentes. Et paradoxalement, cela peut rendre l'alimentation plus compliquée.

Cette fois, la chaleur des Balkans a encore changé la donne : les derniers jours, j'ai principalement tourné au soda !

Quels produits COOKNRUN t'ont accompagnée pendant la course, et lesquels t'ont été les plus utiles ?

Mon indispensable : deux sachets de boisson d'effort. Ils m'ont permis de maintenir une base énergétique constante pendant les trois premiers jours. J'avais aussi quelques barres Energy, mais après quelques jours, il faut forcément composer avec ce que l'on trouve sur la route.

Et ma botte secrète a été un sachet de mangue séchée qui m'a accompagnée jusqu'à Kalamata (c'était ma roue de secours en cas d'hypo ou de coup au moral). Très intéressant en termes de poids et de glucides, mais surtout, c'est mon snack préféré !

Ravitaillement de Camille pendant la course

Après deux performances aussi fortes cette saison, sur la Desertus puis la TCR, est-ce que ton regard sur ton propre niveau a changé ?

Oui. Cela m'a donné confiance en moi.

J'ai toujours eu du mal à parler de mon niveau avec assurance, bonjour le syndrome de l'imposteur !

Cette saison m'apporte une forme de légitimité sur la scène internationale. Je sais davantage ce dont je suis capable aujourd'hui. Mais j'espère ne jamais être définie uniquement par mes performances. Ce qui me plaît dans l'ultra va bien au-delà d'un classement.

Au-delà du résultat, qu'est-ce que la TCR t'a appris sur toi ?

À faire ma propre course. Sur 5 000 km, impossible de tout contrôler. Il faut prendre des décisions, accepter les imprévus et rester fidèle à sa stratégie.

Et surtout, cette course m'a confirmé qu'on pouvait être compétitive tout en continuant à vivre l'ultra comme une aventure.

Et maintenant, la suite ?

Après la course, c'était surtout repos ! J'ai eu la chance de rentrer au Pays basque et de prendre un peu de temps pour moi. Après presque 13 jours à rouler, dormir peu et prendre des décisions en permanence, ça faisait du bien.

Maintenant, place à l'entraînement pour reconstruire des bases solides et préparer 2027. Avec, je l'espère, toujours autant de plaisir, d'aventure, et quelques beaux kilomètres au compteur.

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Photos ©arrieredupeloton

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