Expédition en Daronnerie

Expédition en Daronnerie

Quand on m'a demandé d'écrire un sujet d’aventure, je me suis dit : j'ai tellement de choses à raconter, ça va être génial de pouvoir partager ça !

Entre des trips à vélo au Sri Lanka, à Taïwan, en Corse... des galères en trail, des road trips en VTT, du ski de rando, la liste est longue et l’inspiration facile.

Mais en faisant le bilan de tout ça, je réalise que ma plus grande aventure est une sorte de sosie de Kurt Cobain habillé en Reine des Neiges : elle a 6 ans aujourd'hui et c'est ma fille.

D'avance, navré pour les amateurs d'exotisme et de sensations fortes.

Niveau sensations fortes justement, ça a commencé dès sa naissance, comme une sorte d'avalanche qui vous arrive en pleine tête. On a beau s'y préparer, impossible de soupçonner la puissance de ce souffle qui vous cloue par terre, comme après avoir reçu un kick dans le sternum par Bruce Lee (ref de daron, je sais...).

"Je réalise que ma plus grande aventure est une sorte de sosie de Kurt Cobain habillé en Reine des Neiges, elle a 6 ans aujourd'hui et c'est ma fille."

C'est à la maternité que j'ai appris qu'on pouvait dormir vraiment n'importe où. Ayant inauguré la nuit à même le sol sous le lit, c'est un exercice dont je me rappelle à chaque ultra à vélo quand il faut se coucher dans un cimetière ou la tête sous un scooter pour se protéger de la lumière.

Dans la foulée, elle m'a gentiment appris à gérer mes temps de repos, par exemple arriver à s'endormir 10 min instantanément, le temps d'une des tétées nocturnes...

Globalement, tous les parents y passent, et pour le coup c'est une mine d'or niveau connaissance de soi en termes de fatigue !

Puis, plus vite qu'on ne le pense, viennent les moments de partage.

À 15 jours, notre fille faisait son premier tour de vélo en charrette sur les bords du lac du Bourget. Nous avions l'impression de transporter une boîte d’œufs sur un siège sans ressorts.

À 1 mois, une première rando en montagne. Pas hyper à l'aise socialement, deux gentilles dames nous disent : « Ah, ça fait plaisir de voir un bébé en montagne, il est mieux là qu'en bas dans une poussette avec les pots d'échappement ».

Il n'en fallut pas plus pour nous convaincre de continuer. 3 jours plus tard, elle « grimpait » son premier col à vélo, puis balades à vélo multiples, rando à pied...

L'hiver suivant, elle a eu droit à une saison complète de ski de fond en charrette sous 5 couches de vêtements. Le confinement aura été une occasion formidable de nous poser avec elle et de l'emmener en forêt entretenir les trails de VTT (situés dans notre km), chose dont elle a souvenir, à notre grande surprise aujourd'hui.

À noter que nous avons toujours fait valider ces activités par des médecins et ostéos (je vous vois, ceux qui ont commencé à penser que nous sommes d'affreux irresponsables).
Nous avons continué nos micro-aventures avec notre fille et, l'hiver suivant, après quelques crises de sa part, nous avons compris qu'elle voulait faire comme nous : skier.

D'elle-même, elle est montée sur mes skis et m'a regardé un peu à la façon d'un border collie qui veut qu'on lui lance un bâton, le message semblait plus que clair.

Du coup, à 18 mois, elle descendait ses premières pistes seule et petit à petit le niveau a monté, gentiment, sans jamais la forcer, sans jamais la contraindre : « papa je soouuis contente ici ».

Et cette année, à 5 ans et demi, notre fille faisait ses premiers hors-pistes et a découvert le bonheur de skier dans de la « peuf » sans un bruit : « papa on retourne skier dans le coton ? ».
En parallèle, elle a forcément appris à faire du vélo, tranquillement, comme tous les enfants de son âge. Pas plus tôt, pas plus tard. Encore une fois, aucune logique de performance de notre part, seul son plaisir compte.

En moyenne section, nous l'avons inscrite à l'école de vélo de notre village. Cette initiative est suffisamment rare pour être soulignée. En deux ans, elle aura appris à manier son vélo, le connaître, anticiper. Elle aura aussi appris le goût de l'effort, largement inspirée par sa maman.

L'année prochaine, elle s'inscrit dans une école de VTT pour faire comme ses idoles Sammie Maxwell, Mathis Azzaro, Fred Machabert et Tadej Pogacar.

Je peux dire, non sans une certaine fierté aujourd'hui, que j'ai réussi mon pari d'être super présent pour ma fille malgré les embûches.


Cette vision des choses, je la dois à Phil Join-Lambert, une des voix de l'Étape du Tour ou du Roc d'Azur : « prends chaque moment que tu peux prendre avec elle, provoque du partage dès que tu en as l'occasion, tu ne seras jamais trop présent, accumule, c'est ce dont elle a besoin ».

Alors forcément, la partition n'est pas toujours simple à jouer, entre les gastros, les poussées de croissance, nos envies et nos besoins, la vie à plusieurs, les contraintes...

Et puis il y a les conseils avisés. Un jour, on m'a dit que c'était mauvais pour ma fille que j'aille la chercher à l'école, que je l'emmène à ses cours de vélo ou de ski le mercredi, qu'elle se construirait mieux si on la mettait chez une nounou sur son temps libre.

Tout est une question d'envies et de choix, pas de jugement. Pour certains, c'est facile. Pour d'autres, ce sont des sommets plus durs que le Makalu à gravir.

De mon côté, ça reste l'aventure qui surclasse toutes les autres. Ma plus grande attente, c'est de continuer à partager ces moments, de continuer à transmettre, de s'amuser ensemble, qu'on continue à escalader et descendre ses montagnes qui lui sont si chères.

@fux_tomate

 

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