The Speed Project : 550km de désert

The Speed Project : 550km de désert

On pensait avoir autant de chance d’être sélectionnés pour courir The Speed Project que de gagner au Loto. Et devinez quoi ? Fin mars, on s’est retrouvés à Los Angeles. Et ce n’était pas pour profiter de notre nouvelle villa à Beverly Hills. On est sur le Pier de Santa Monica, excités mais aussi un peu stressés, prêts à parcourir les 550 km de désert qui nous séparent de Las Vegas.

Je dis “on”, parce que je n’allais pas courir 550 km toute seule. Il faut une équipe pour une aventure de cette envergure.

Quand on a eu l’opportunité de candidater en septembre, on n’a pas hésité. Honnêtement, on ne pensait vraiment pas être sélectionnés. Pour appuyer notre dossier, on avait quand même quelques arguments gardés secrets : une team franco-canadienne et le choix de l’option dite “OG”, soit trois femmes, trois hommes. Parce que quitte à souffrir, autant que ce soit de façon équitable.

“Run, motherfucker, run!“

Quand nous recevons le mail nous indiquant que notre candidature est acceptée, nous sommes déjà fin janvier. On n’y croyait plus. Nous avons donc neuf semaines avant le départ. Neuf semaines pour confirmer l’équipe, s’entraîner, s’organiser, chercher des sponsors, convaincre des crew members de nous accompagner et trouver un nom.

À ce stade, nous avions cinq coureurs : deux en France (Stefan et moi, Vanille), trois sous la neige au Canada (César, Myriam et Tristan). Une entorse qui peine à se réparer, un genou capricieux et beaucoup de questions. On a très vite opté pour le nom d’équipe “Risky Bizness”, parce que ça résumait assez bien la situation.

Alors fin janvier, tous, on rechausse les baskets et on planifie un à deux calls hebdomadaires. On gère ça un peu comme une entreprise. On se répartit les tâches et on s’active.

Rapidement, Mackenzie vient compléter l’équipe de coureurs. Nos amis Thomas, Jasper, Stephanie et Julien se portent volontaires pour assurer la partie logistique pendant la course. Greg, un copain photographe, rejoint l’équipe pour capturer au mieux l’intensité de ce que l’on s’apprête à vivre.

Au fil des semaines, chacun trouve son rôle, l’équipe prend forme, l’organisation se met en place. Malgré le délai assez réduit dont on disposait, on arrive à Los Angeles plutôt prêts. Sur place, on finalise les derniers préparatifs : courses d’appoint, récupération des véhicules, et on apprend à faire les choses ensemble pour la première fois.

Vendredi 28 mars, 4h00. Au micro, le speaker électrise la foule, qui scande ses mots à pleine voix jusqu’au final : “Run, motherfucker, run !”. Risky Bizness et 79 autres équipes prennent le départ, en route pour Sin City.

Pendant 44 heures, on se relaie jour et nuit, sous un soleil implacable, au bord de la route dont on ne voit souvent pas le bout. Il n’y a aucun temps mort. C’est une course contre la montre, contre la fatigue, parfois contre soi-même. Les premiers 200 kilomètres sont intenses, portés par l’enthousiasme, mais petit à petit, la réalité s’impose : on n’est pas sur une course ordinaire.

La chaleur monte, le soleil tape sans relâche, parfois le vent s’invite. Et évidemment, quelques aléas viennent pimenter l’aventure : le vélo cadenassé sans le code, les toilettes du camping-car rapidement bouchées, l’eau de la douche qui reste désespérément froide, et l’eau potable qui, elle, viendra presque à manquer.

Les relais s’enchaînent. On s’encourage, on se motive, on veille les uns sur les autres. On alterne d’un coureur à l’autre toutes les dix minutes. Nous sommes aussi rodés qu’une équipe de Formule 1. Quand vient la nuit, la température chute et la route devient silencieuse. On se passe la montre dans l’obscurité comme un flambeau sacré. Des moments où l’on se sent à la fois vulnérables et profondément liés.

Et puis, on mange. Beaucoup. Toutes les denrées COOKNRUN dont nous disposons. Parce que quand tu cours longtemps, la nutrition, c’est essentiel. Les barres sont notre carburant, surtout quand le corps commence à dire stop. Elles sont délicieuses, aux saveurs variées et équilibrées. On alterne avec des pommes et des mangues séchées, un bon coup de pouce fruité.

On a aussi nos repas salés : pâtes bolo végé, taboulé oriental et la sainte purée de pomme de terre. Celle qui sauve une équipe. La seule qui passe encore après 40 heures. On en rit, mais heureusement qu’on avait ça. Chaque bouchée est un régal et nous permet de continuer.

À mesure que les heures passent sans sommeil, les kilomètres défilent. La fatigue se fait de plus en plus présente, mais l’esprit d’équipe et la motivation restent intacts. Et c’est ça qui fait toute la différence.

The Speed Project, ce n’est pas simplement une course. C’est une expérience. Un mix entre un road trip entre amis, une épreuve de Koh-Lanta, avec en plus l’effet d’un câlin collectif sous adrénaline.

Quand on aperçoit le panneau lumineux “Welcome to Fabulous Las Vegas”, l’émotion est énorme. On est rincés, mais fiers et soudés comme jamais. Ce n’est pas juste la fin d’une course, c’est la fin de quelque chose de plus grand. Un voyage humain qu’on n’oubliera jamais. Ce qu’on a vécu ensemble pendant ces 44 heures est tout simplement unique.

The Speed Project, c’est finalement une aventure profondément humaine. Une expérience brute, intense, qui nous a permis de découvrir non seulement nos limites physiques, mais aussi ce que nous sommes capables d’accomplir ensemble.

— Vanille @riskybizness.crew / photos Gregda

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