Mélanie Grünwald : Cap sur l’ouverture de voie dans le désert

Mélanie Grünwald : Cap sur l’ouverture de voie dans le désert

Après son retour de l’Ama Dablam (6 812 m), Mélanie a vu son corps l’obliger brutalement à s’arrêter. Du jour au lendemain, elle s’est retrouvée en soins intensifs en cardiologie, passant de la forme la plus forte qu’elle ait jamais connue à la plus grande faiblesse.

Ici, elle raconte cet après.
Ce moment flou où la force ne répond plus, où la confiance se fissure.
Et où un besoin devient évident : trouver un nouvel horizon pour se reconstruire.

Ouvrir des lignes quand le corps vacille

Parfois, il faut simplement replonger dedans.
Ouvrir 14 nouvelles voies dans le désert, ce n’était pas ce que le médecin avait prescrit, mais c’était exactement ce dont mon cœur avait besoin.

Les deux derniers mois ont été lourds. Je venais tout juste de rentrer de l’Ama Dablam (6 812 m) quand je me suis soudainement retrouvée en soins intensifs en cardiologie. Du jour au lendemain, je suis passée de la forme la plus forte que j’aie jamais connue à la plus grande faiblesse.

S’en est suivie une série interminable d’examens et de scanners, sans aucun résultat. Mon corps avait freiné sans explication. Mon rythme cardiaque restait élevé en permanence et j’étais constamment nauséeuse.

Manger était un combat quotidien. Déjà en soins intensifs, les barres énergétiques COOKNRUN étaient mes petites bouées de sauvetage. Quand tout le reste échouait, j’avais encore de l’appétit pour ces petits nuggets.

Quand j’ai reçu le feu vert pour reprendre doucement le sport, une chose était claire :
j’avais besoin d’un nouvel horizon.
D’un monde totalement différent dans lequel me plonger.

Alors quand Steve, un bon ami de l’université, m’a appelée pour me proposer d’ouvrir de nouvelles voies dans le désert marocain pour son futur topo, c’est devenu une évidence.

L’Anti-Atlas

Tafraoute repose au cœur d’un paysage martien de roches rouges et de sable. À perte de vue, le désert est rempli de blocs de granit anciens, coupants, brûlés par le soleil, couleur feu, traversés du sol au ciel par une unique ligne de faiblesse.

Finger cracks.
Handjams parfaits.
Laybacks techniques.
Des offwidths qui te font remettre en question tous tes choix de vie.

Si tu aimes l’escalade en fissure, l’Anti-Atlas n’est pas un simple site d’escalade, c’est un buffet à volonté. Chaque nouvelle paroi nous faisait murmurer la même chose :

« Impossible que cette ligne n’ait jamais été faite… »

Et pourtant, si.

Et ça, c’est une toute autre forme de magie.

Ouvrir une ligne

Rien ne se compare au fait de se tenir sous une ligne que personne n’a encore grimpée.

C’est un mélange de curiosité, de joie et d’un immense respect :
Est-ce que ça va passer ?
Est-ce que c’est dans mes cordes ?
Le matos est-il solide ?

Ouvrir une nouvelle voie, c’est comme déballer un cadeau, un mouvement, un cam, une respiration à la fois.

Parfois, la roche t’offre le handjam le plus glorieux du monde exactement au moment où ton cerveau hurle « on est foutus ».

Parfois, elle t’envoie un nouveau sandbag move, et tu dois juste respirer, travailler avec ta peur et faire confiance au fait que tu vas pouvoir continuer. Une confiance que j’avais désespérément besoin de reconstruire.

Nous avons respecté les lignes de la roche, ne posant des relais que là où aucune protection naturelle n’était possible ou quand des rappels étaient nécessaires.

Le rythme de la vie dans le désert

Les journées se sont installées dans une routine aussi belle que ludique : choisir un nouveau site, transporter une quantité complètement absurde de matériel (mon sac à dos “ultra-léger” est désormais homologué pour 20 kg de perfo, de cordes et un jeu de cams allant jusqu’à « plus gros que ma tête »), puis choisir la plus belle ligne que nous pouvions voir.

On grimpait jusqu’à ce que les doigts saignent, que les mains soient en lambeaux, et que chaque centimètre de notre corps ressemble à un passage à la râpe à fromage. Ce genre de granit ne se donne pas gratuitement, mais chaque ligne était meilleure que la précédente.

“Centurion” (UK : E3 6a | Fr : 7a, ***) : cette longueur épique de 27 m est devenue le joyau de notre voyage. Elle démarre par un superbe handjam qui te fait chanter le cœur, enchaîne sur un toit de crux technique, puis une fissure à poings qui s’ouvre en léger offwidth, avant de finir par un magnifique passage en face jusqu’au sommet.

Se nourrir pour continuer

Toutes ces lignes ont été portées par mes fidèles barres énergétiques COOKNRUN. C’est même devenu une blague récurrente : chaque jour je sortais une nouvelle saveur, comme si je ne vivais que de ça, mais vraiment, elles me donnaient l’énergie et le moral pour continuer.

Le soir

Chaque jour se terminait dans le petit bar du coin, à trouver des noms pour les voies du jour autour d’un tajine marocain traditionnel, à revivre les meilleurs moves de fissure, avant de s’écrouler dans le lit, les membres douloureux mais le cœur rempli de la magie du désert.

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