Fay Manners & Mélanie Grünwald : “Elles Aussi” première ascension féminine d’une voie mixte

Fay Manners & Mélanie Grünwald : “Elles Aussi” première ascension féminine d’une voie mixte

Deux athlètes COOKNRUN, Fay Manners et Mélanie Grünwald, ont réalisé la première ascension féminine d’une nouvelle voie mixte engagée à la Tête aux Chamois. Imaginée et menée intégralement par Fay Manners, cette ouverture, cotée M7+ A0, est le fruit de trois longues journées hivernales mêlant mixte, dry tooling, ski raide… et des spaghettis cuisinées chaque soir dans un hôtel quatre étoiles.

Récit de Mélanie Grünwald.

Elles Aussi : Une première ascension féminine d’une nouvelle voie mixte & des pâtes cuisinées dans un hôtel 4 étoiles

Certains projets commencent avec un plan soigneusement établi.
Celui-ci a commencé par un appel téléphonique et une chose que j’ai dite très clairement : « J’ai une expérience limitée sur du terrain mixte sérieux.
Et zéro expérience en dry tooling. »

Je ne suis toujours pas entièrement sûre que Fay Manners m’ait entendue correctement.

Trois jours plus tard, nous étions encordées sous la Tête aux Chamois, fixant une paroi raide et glacée juste au-dessus de Glacier 3000, sur le point de tenter la première ascension d’une nouvelle ligne mixte qui deviendrait plus tard Elles Aussi (M7+ A0). Une première féminine. Aucune garantie. Aucun beta. Juste une ligne que nous espérions pouvoir grimper.

Du topo aux lignes nouvelles

L’idée de la voie venait de Fay, qui a passé plusieurs hivers à explorer les possibilités de mixte et de dry tooling dans la région. Des années plus tôt, elle avait découvert le secteur grâce au topo Dry Tooling et Mixte de Simon Châtelan, et avait commencé à rechercher volontairement des lignes naturelles non percées. Celles qui demandent engagement, jugement et tolérance à l’incertitude.

Après avoir grimpé plusieurs voies de Châtelan, Fay lui a demandé s’il serait à l’aise avec une nouvelle ligne sur la Tête aux Chamois. Sa réponse a été encourageante : peu de grimpeurs sont motivés pour développer des itinéraires hivernaux ici, et il a salué l’initiative.

La paroi elle-même se situe juste en dessous du télésiège du Col du Pillon et s’atteint via le Black Tunnel, un passage bien plus souvent utilisé par les skieurs engagés allant vers la descente du Black Wall : 3 km, 1000 m de dénivelé et jusqu’à 45°. Ce projet ne demandait donc pas seulement une partenaire de grimpe ; il demandait quelqu’un à l’aise à ski en terrain raide avec un gros sac, après de longues journées froides dans la paroi.

Elle a fini par m’appeler. Pas d’expérience en dry tooling à faire valoir, mais une vraie envie de s’engager dans des journées alpines longues, complexes et complètes.

Luxe hôtelier… version alpine

Nous avons passé trois jours dans cette paroi, grelottant, que ce soit de peur ou de froid, parfois les deux. C’était dur. Glacial. Intimidant.

Mais heureusement, Glacier 3000 nous a offert chaque nuit le confort d’un hôtel 4 étoiles (le Glacier Hotel au centre des Diablerets) pour nous réchauffer et recharger. Spa, sauna et vrais lits étaient infiniment meilleurs que le « bivouac tremblant » que nous aurions affronté sous la paroi.

Chaque soir, nous nous retrouvions donc dans un hôtel quatre étoiles entourées de bois poli et de lumière douce, utilisant la machine à café ultra-chic pour réhydrater nos spaghettis bolognaise végétariens COOKNRUN. Du luxe, mais à la sauce alpine.

C’était ridicule. Et parfait.
Peu importe la dureté de la journée dans la paroi, nos soirées se terminaient toujours à rire autour de nos pâtes avant de nous effondrer dans nos lits.

Et dans la paroi, les barres énergétiques COOKNRUN nous maintenaient alimentées sur des relais si froids que nous sentions à peine nos mains. Ces barres sont devenues notre petit luxe : des calories rapides, sans prise de tête, quelque chose que nous pouvions manger même lorsque le froid avait volé notre appétit.

Une construction de caractère (c’est une façon de le dire)

Enchaîner un M7+ avec des toits déversants en dry comme toute première expérience de dry tooling s’est avéré… formateur. Même en second.

Plus d’une fois, je me suis surprise à penser avec nostalgie à mes chaussons qui m’attendaient dans la vallée, rêvant d’adhérence plutôt que de balancer des mono-pointes sur des micro-arêtes. La simplicité d’un bon verrou de main me manquait, tout comme la sécurité d’un gant de fissure. À la place, j’apprenais, en temps réel, à faire confiance à mes piolets sur du rocher pur.

Le dry tooling, il s’avère, est vraiment une compétence qui se développe avec le temps.

Les deux premiers jours ont été durs. Froids. Intimidants. Avec de la neige lourde sur l’approche et des rochers instables demandant une vigilance constante, l’avancement était lent et mentalement exigeant. Plus d’une fois, nous n’étions pas sûres d’aller au bout.

À mi-parcours du deuxième jour, Fay a fait une vraie chute. À ce moment-là, j’avais déjà passé près de trois heures dans le relais pendu le moins confortable de toute ma vie, et mon dos a décidé qu’il avait atteint sa limite. J’étais convaincue qu’un éternuement de plus pouvait me valoir une hernie discale. Comment aies-je réussi à la suivre à travers le crux après ça reste un peu un mystère, mais d’une manière ou d’une autre, nous l’avons fait.

Et d’une manière ou d’une autre, nous avons atteint le sommet.

Une longueur après l’autre

La première longueur suivait un superbe dièdre sec, délicat et précis avec piolets et crampons. Plus haut, deux toits massifs gardaient la ligne. L’un a été contourné par une traversée ; l’autre nécessitait une escalade directe et raide.

Fay a mené la voie, grimpant en libre autant que possible, et a fini par recourir à une courte section d’artif pour poser les protections et les points en toute sécurité. Les longueurs supérieures suivaient un rocher compact de haute qualité, des fissures remplies de neige et des sections de gazon gelé. Dans la dernière longueur, nous avons rencontré et réutilisé des spits existants de la voie Ma Révérence (2003) avec l’accord du premier ascensionniste Lador Bertrand, évitant ainsi un perçage supplémentaire.

Descente à ski

Chaque jour se terminait non pas par une descente tranquille à pied, mais par du ski raide jusqu’en bas. Sacs lourds. Jambes fatiguées. Concentration maximale requise.

Ce n’était pas juste une voie d’escalade, c’était un projet hivernal pleinement multidisciplinaire, combinant mixte, dry tooling, logistique et ski sérieux.

Et pourtant, malgré la souffrance, l’incertitude et l’effort physique, nous n’avons jamais fini une journée sans sourire. Nous avons ri. Partagé des barres sur de minuscules vires. Cuisiné nos repas de spaghettis dans des chambres d’hôtel avec de l’eau prise dans de petites tasses à espresso. Et nous avons cru, obstinément, en la vision d’Elles Aussi.

Cette voie est pour les filles, dans un coin du monde alpin encore très dominé par les hommes. Et honnêtement ? Quel est un peu de souffrance comparé à ça.

Pourquoi ça comptait

Même complètement novice en dry tooling, j’étais motivée pour soutenir ce projet. Pour moi, cette ascension représentait autant un soutien à cette vision qu’une occasion d’apprendre rapidement, d’élargir mes compétences techniques et de m’engager volontairement en terrain inconnu.

En trois longues journées hivernales, nous avons terminé la voie juste avant l’arrivée des chutes de neige, un timing qui s’est révélé crucial. Et même si la voie n’a pas encore été entièrement enchaînée en libre, nous espérons que de futures cordées, surtout féminines, la répéteront et proposeront peut-être une cotation mise à jour.

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